Regard sur le Brexit

Nous entendons tout et son contraire depuis que par voie référendaire, le Royaume-Uni a choisi de quitter l'Union Européenne. Il convient de raison garder et de rappeler quelques faits afin que cette décision ne devienne pas un nouveau creuset de haine pour le Continent.
Avant tout, souvenons-nous que le Royaume-Uni quittera l'Union et non pas l'Europe. Et qu'on ne voie rien l'absurde à mon propos: les échanges entre l'île et le continent préexistaient à l'époque romaine et survivront au Traité de Lisbonne.  A ce titre, J.-Cl. Juncker entretenait naguère une confusion délétère quand il laissait planer le soupçon de traîtrise sur le projet de sécession britannique: l'Union Européenne n'est pas un pays, pas même une fédération ou une confédération, mais bien une coopération d'Etats-nations unis par le traité de Lisbonne. Lequel fut validé par les parlements démocratiquement élus. En bonne démocratie, tant qu'il respecte les formes de la légitimité, ce qu'un peuple souverain fait par l'intermédiaire de ses députés, il peut le défaire. En l'occurrence, ce droit de quitter l'Union Européenne étant inscrit dans l'article 50 du traité de Lisbonne, le retrait du Royaume-Uni sera donc une rupture contractuelle et non un douloureux divorce pour faute.
Par ailleurs, l'analyse des motivations du Brexit me chagrine au plus haut point: laisser sous-entendre que près de la moitié de la population britannique souffre de xénophobie, est intolérable. C'est refuser de voir l'échec du projet européen en termes de société: la Grèce seule peut témoigner de la violence des réformes économiques imposées par l'Union. La gestion anarchique des migrations et la misère où croupissent nos réfugiés rappellent combien nous sommes incapables de penser le social au niveau européen. Quand on se souvient que le Royaume-Uni a amorcé son tournant néolibéral dans les années 70 avec Thatcher, que cette politique est poursuivie par l'Union Européenne et que les écarts de richesse ont été croissants. On peut comprendre qu'un peuple souhaite reprendre les rênes de son destin et changer de direction. Peut-être ceux qui partagent cette opinion sont-ils une minorité, mais s'ils ont voté pour le Brexit, ceux-là ne sont pas forcément xénophobes.
Pour ma part, j'ai honte de la pauvreté que je vois en Europe et de l'état où je laisserai le continent à mes enfants. Je sais qu'il faudra du temps pour trouver un modus vivendi avec les Britanniques (au fond, nous payons cher politiques et fonctionnaires pour cela), mais j'espère avant tout qu'il parviendront à découvrir la voie qui nous manque tant, celle d'un développement qui prenne en compte le bien-être du plus grand nombre.

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