Editorial de Minerve – décembre 2010

Editorial de Renaud Mercier


Depuis plusieurs mois, le désir émergeait auprès de notre équipe de donner un nouveau souffle à Minerve (agence de presse). Si la formule initiale de notre hebdomadaire était parvenue à s’attirer un public fidèle autour de nos plumes, nous sentions qu’il nous faudrait ajuster le tir. Les événements de l’actualité de ces derniers mois ont précipité cette décision: la guerre des monnaies, la crise de l’euro, les distorsions de croissance délétères au sein de l’Union Européenne, les coups d’éclat de Wikileaks, la montée en puissance des nationalismes, et jusqu’aux arrestations récentes dans les milieux islamistes bruxellois, tout porte à croire que notre monde a perdu ses repères.
Droguées aux crédits, les économies américaine et européenne se trouvent face à l’obligation de se réformer en profondeur pour trouver de nouveaux modes de croissance, et l’on sait que des choix qui seront faits, l’avenir dépendra. En attendant que les idées et le courage politique se rencontrent, les ajustements économiques sont douloureux, et la rue se demande à quoi rime une Europe qui administre une potion si amère. Certes, les analyses ne manquent pas, mais la compréhension de la crise actuelle implique aussi une sérieuse remise en question de ce que notre société est devenue. Nous devons nous trouver de nouvelles balises, repenser nos alliances et notre consommation. Travailler plus longtemps, oser s’opposer à une Chine qui boosterait ses exportations en sous-évaluant sa monnaie tout en nous intimant l’ordre de nous abstenir d’assister à la remise du prix Nobel de la paix, lutter contre les extrémismes sans renier nos libertés fondamentales… Le monde semble s’affoler.
Et tandis que, crise oblige, nous nous recentrons sur ce que nous avons, et nous sentons bénis d’avoir un travail alors que plus d’un actif Espagnol sur cinq en manquent: nous tolérons le stress, la stagnation des rémunérations, la hausse des loyers… La preuve de notre malaise? Nous nous fions si peu à nous-mêmes que nous regardons avec intérêt comment nos voisins gèrent leur propre crise: Pays-Bas, Suisse, Suède, les projecteurs se focalisent sur les radicalisations locales. Oui, le déferlement des nouvelles du monde et l’anxiété qui ronge le quotidien de beaucoup et nourrit la conviction que nous vivrons moins bien que nos ancêtres, dont nous finançons les retraites, brouillent notre lucidité.
Et c’est bien cette dernière que nous recherchons et entendons valoriser ici: un temps à part, dévolu à la synthèse quand l’air du temps vise à l’accumulation jubilatoire de l’information. Voici donc l’objet de la nouvelle présentation de Minerve. Car, désormais, nous passons à un format mensuel qui privilégiera plus que jamais l’analyse. Par conséquent, chaque mois, nous vous proposerons, chers lecteurs, une sélection d’articles de nos plumes, et veillerons, ainsi que nous le faisons depuis le début, à vous renvoyer vers les éditions princeps des articles repris dans nos colonnes afin que vous puissiez en découvrir davantage sur nos auteurs.
Il ne nous reste plus qu’à vous remercier de votre fidélité et vous souhaiter une agréable lecture.

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