Nationalisme et régionalisme en Europe - des réponses inappropriées aux conséquences de la crise de 2008

Article paru sur Minerve (agence de presse)

Nous vivons décidément une période curieuse. A la faveur de la crise économique de 2008, tout ce que nous pensions certain, arrêté, stable, devient susceptible d'être remis en question. Le pacte de stabilité devait assurer la pérennité de l'euro, mais les mois écoulés ont contraint les grands argentiers à des opérations exceptionnelles pour éviter le naufrage de la Grèce et, partant, la survie de la devise européenne. Le Japon, en proie à un inextricable enlisement économique, vient de faire voler en éclats la discipline selon laquelle seules les actions concertées des banques centrales pouvaient se concevoir pour ajuster le cours des monnaies. L'Islande, naguère considérée comme un des pays les plus riches par habitant, dérive vers l'inconnu, jouant la montre et ignorant si elle devra, voire consentira à payer aux Néerlandais et aux Anglais les dettes colossales héritées du contentieux Icesave. La pauvreté croît aux Etats-Unis... Quant à la Suède, elle vient d'enregistrer une percée inquiétante de l'extrême-droite (ici). N'en jetez plus! Le monde peine à panser ses blessures, et supplie Pékin d'apprécier le cours du yuan...
A la perte de confiance dans l'économie succède désormais une défiance envers les fondements de nos cultures. Ainsi, la France, patrie des Droits de l'Homme, par la volonté de son Président, Nicolas Sarkozy, donne décidément l'impression de verser dans un populisme nauséabond en renvoyant dans leurs pays d'origine des Roms dont Bruxelles craint qu'ils aient fait l'objet de mesures ciblées et, par conséquent, discriminatoires. Les échanges verbaux deviennent rudes entre Bruxelles et Paris. Parallèlement, même les sociétés considérées comme les plus paisibles et consensuelles nous inviteraient à croire que le monde d'après 2008 ne ressemblera plus à celui rêvé par les pères fondateurs de l'Europe.
Un premier exemple, tiré d'un des membres de l'Espace Economique Européen, l'Islande en l'occurrence, éclairera notre propos. En effet, un dossier récent y a attiré notre attention. Il s'agit du cas inquiétant d'une famille islandaise d'origine cubaine. Le fils, ayant une relation avec une jeune femme, islandaise de souche, a été contraint de quitter le pays avec son père sous la surveillance de la police suite à des menaces racistes proférées à leur encontre (ici). Le plus choquant dans le cas présent réside peut-être dans la réponse institutionnelle donnée à cet exemple de racisme: ces Islandais naturalisés ne peuvent bénéficier d'une protection idoine dans leur propre pays (l'Islande), et sont donc contraints de chercher le salut ailleurs. A en croire Grapevine (ici), ce ne serait d'ailleurs pas la première fois que des gens se verraient obligés de quitter le pays à cause de manifestations racistes. Et dans ces mêmes colonnes, nous avons souvent eu l'occasion d'analyser la montée de la xénophobie en terre viking.
Plus près de nous, le vote tout récent de l'interdiction de port du voile intégral par le parlement français (ici) tombe au plus mal alors que la France peine à se justifier dans le cadre de son traitement des dossiers concernant les reconduites de Roms. En l'occurrence, il semble bien, une fois de plus, qu'une telle loi stigmatise non des cas isolés de personnes qui se soustrairaient à une identification aisée par les forces de l'ordre, mais bien une frange de la communauté musulmane. A tel enseigne, nous étudiions récemment le cas belge dans un article auquel nous renvoyons nos lecteurs.
Quant aux Pays-Bas, on vient d'y déplorer le centième jour sans gouvernement. Le populisme semble avoir raison de l'idéal de consensus du Royaume Batave. Et la Belgique ne va guère mieux. La N-VA (séparatiste) de Bart De Wever, lequel faisait campagne pour une réforme radicale de l'Etat Belge et des transferts massifs de compétences vers les Régions visant à consacrer toujours plus d'autonomie de la Flandre, bloque, dit-on du côté francophone, les chances d'arriver à la mise sur pied d'un gouvernement. Le cas échéant, nous assisterions à un terrible déni de démocratie. Car, si l'on analyse la situation belge avec froideur et si l'on prend un peu de recul en revenant aux fondamentaux, force est d'admettre que la N-VA fait de l'obstruction. Traditionnellement, un parti ou une coalition de partis doit rassembler suffisamment de voix pour faire aboutir une loi, une réforme ou une révision constitutionnelle. En l'absence de majorité, lesdits projets n'ont pas de raison de passer. Or en refusant de trouver un moyen terme avec ses partenaires pour former un gouvernement, et en arguant qu'il a été élu sur un programme précis, Bart De Wever semble oublier que les autres partis n'ont pas moins la légitimité des urnes que lui-même. Vouloir imposer ses vues en paralysant la formation d'un gouvernement et cherchant à dicter, par là, une réforme pour laquelle les électeurs des autres partis en présence n'ont manifestement pas voté, pourrait passer pour du mépris envers les institutions, et aurait pu, jadis, être interprété comme une trahison. Et, somme toute, si un jour, la Belgique doit être morcelée, une telle scission ne pourra se faire dans de bonnes conditions que si les partis parviennent à rassembler suffisamment de voix pour leur donner une légitimité...
Comme on le voit, la crise continue à produire ses effets délétères! Tantôt le repli nationaliste apparaît comme une solution commode par laquelle on rejette l'autre comme auteur de ses maux (le président islandais taxait naguère l'Union Européenne de club); la France campe sur des positions qui narguent l'Union Européenne alors qu'elle se faisait il y a peu le fer de lance d'une intégration toujours plus poussée. Ailleurs, les pays eux-mêmes ne semblent plus constituer de rempart solide contre les angoisses du temps: la Flandre apparaît pour certains Flamands comme un havre plus propice à leur identité que la maison Belgique... Quant aux Pays-Bas que l'on croyait sortis indemnes de la crise économique, traverseraient-ils une crise plus redoutable encore avec l'émergence du populisme?  

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