Islande – les particules volcaniques, un danger pour le tourisme et autres petits scandales…

Paru simultanément sur Minerve (agence de presse)

Le début du mois de juin en Islande marque la fin de l’école et le lancement de la saison touristique. Les élèves délaissent les cahiers et partent en excursion nettoyer chemins et bords de mer pour redonner au pays cet air d’authenticité qui ravit les voyageurs. Mais cette année, si l’on se rendait sur la péninsule de Snæfellsness, on n’entendait, hier encore, guère d’autre langue que l’islandais dans la piscine thermale de Lýsuholsskóli: des touristes, on en rencontre, mais beaucoup viennent désormais de Reykjavík. La crise économique ayant frappé, les voyages sont devenus coûteux et l’on se rabat sur le tourisme local. Quant aux étrangers, ils semblent si rares cette année: l’éruption du Eyjafjallajökull a entrainé une vague d’annulation de réservations, et ceux qui n’avaient pas encore réservé leurs vacances ont probablement préféré différer leur projet et choisir d’autres destinations. La peur d’être bloqué en Islande en cas de nouveaux caprices du volcan et de fermeture de l’espace aérien comme ce fut le cas récemment, en est majoritairement à l’origine.

Les particules volcaniques – risque possible pour l’homme

Mais il faudra peut-être compter aussi avec les raisons sanitaires. Car, ainsi que l’expliquait récemment Iceland Review, les retombées de cendres balaient le pays depuis plusieurs semaines au point que les autorités, sous la houlette de Haraldur Briem, épidémiologiste à l’Hôpital National de Reykjavík, ont décidé de lancer une étude sur l’impact de l’inhalation des poussières volcaniques sur la santé. Sont visés par l’enquête les habitants de la région du Eyjafjallajökull, mais l’on tâchera aussi de dégager les risques pour le système respiratoire et la santé à plus long terme attendu que l’on ignore exactement les réactions humaines à ce type de particules fines sans similitude apparente avec la pollution urbaine classique. D’ailleurs, il n’est pas rare qu’une sorte de brouillard se pose sur certaines régions, comme ce fut le cas le 4 juin sur la capitale ainsi qu’on pouvait le lire le même jour dans Grapevine. En l’occurrence, il ne s’agissait guère de brume, mais d’un nuage chargé de particules volcaniques dont la concentration atteignait 90 microgrammes par mètre cube quand le seuil de sécurité n’est que de 50 microgrammes. Le mythe d’une Islande vantée pour son air pure aura vécu: enfants et personnes âgées ou souffrant de maladies pulmonaires étaient invités à rester au repos et à se couvrir le visage d’un masque en cas de sortie indispensable.

Sauver la saison touristique à tout prix

Malgré les risques que nous venons d’évoquer, une vaste campagne de promotion de l’Islande vient d’être lancée sur internet (Inspired by Iceland) afin d’essayer de sauver la saison et on a vu la nation entière se mobiliser pour diffuser le clip sur les réseaux sociaux dont Facebook, le favori des Islandais. Car il convient de rappeler que le tourisme représente la troisième activité pourvoyeuse de devises en Islande après la pêche et l’aluminium, et, dans un pays sous perfusion du FMI faute de devises étrangères, on ose à peine envisager l’effondrement d’un des trois piliers de l’économie. Attendu que le tourisme représente parfois un activité d’été à part entière dans la vie professionnelle des Islandais, la baisse de fréquentation attendue risque d’impacter la timide reprise qui se profile, et, partant, de freiner la décrue du chômage.

Délinquance et détresse sociale

En effet, l’Islande ne peut pas se permettre de plonger plus longtemps dans la crise sociale. Nous en avons étudié les conséquences régulièrement pour Minorités et Minerve (agence de presse): montée en puissance de la pauvreté et de la xénophobie et résurgence de l’homophobie sont symptomatiques de la perte des valeurs. Parallèlement, l’essor de la délinquance est tel qu’un constat lamentable s’impose aux autorités: les prison sont pleines comme le faisait remarquer dernièrement MBL (site du quotidien de centre-droit Morgunblaðið).

Révolution politique à Reykjavik

C’est dans ce climat social et politique détestable que l’acteur Jón Gnarr, leader du Besti Flokkurinn (le meilleur parti), revendiquant clairement une tendance anarchiste, a été élu à la mairie de Reykjavík sur fond de populisme: ainsi que nous l’écrivions récemment, en promettant un “grand nettoyage”, il a su convaincre les foules. D’ailleurs, son accession au poste de maire vient d’être confirmée par Iceland Review dans un article dont le titre en dit long sur effarement suscité par le succès de notre homme: It is not a joke! Jón Gnarr will become Mayor of Reykjavík (ce n’est pas une blague! Jón Gnarr deviendra maire de Reykjavik). L’équipe au commande de la capitale sera composée d’une coalition du Besti Flokkurinn et des socio-démocrates, attendu que Jón avait exclu la possibilité de s’allier aux conservateurs du Parti de l’Indépendance (Sjálfstæðisflokkurinn).

Le parti de l’indépendance une fois de plus dans la tourmente des scandales

L’image de ce dernier semble décidément ternie pour longtemps à l’instar de ses dirigeants nationaux qui pilotaient le pays lors de la crise de 2008 et dont plusieurs membres ont fait et font l’objet d’enquêtes dans ce même cadre: en ce qui concerne Reykjavik, l’équipe sortante aurait dissimulé la probable hausse de 37% du prix de l’eau chaude… Dans ce pays au climat rigoureux, la facture risque de frapper douloureusement les ménages déjà rudement mis à l’épreuve. A ce titre, ce scandale n’est pas le seul à rappeler une fois de plus certains membres du parti de l’Indépendance à leurs responsabilités: le 6 juin, on apprenait dans Iceland Review que Gudlaugur Thor Thordarson, ancien ministre de la santé, avait reçu en soutien et donation lors des précédentes primaires du parti près de 280.000 euros, émanant de compagnies majoritairement tombées en faillite depuis le début de la crise.

Les initiatives individuelles – lueurs d’espoir

Pour l’heure, il ne s’agit ici que d’une blessure de plus que l’Islande devra panser. Mais tout le temps que l’on passe à soigner les plaies d’hier, on ne le met pas à préparer l’avenir. Et les Islandais d’espérer que leurs volcans et leurs politiques ne constitueront pas des repoussoirs trop efficaces en cet été qui commence. Entretemps, les embryons d’une nouvelle Islande semblent voir le jour à l’abri des projecteurs: dans les campagnes fleurissent des petits cafés-restaurants proposant des plats du jour à des prix abordables, comme au Café Síf d’Hellisandur. S’y attablent des familles islandaises… L’image des soupes en sachet qu’on a vu infliger aux touristes il y a deux ans encore au prix de menus gastronomiques sur le continent, tenderait-elle à disparaître? Il semble, en effet, que le développement d’activités de service de qualité serait profitable à l’ensemble de l’île en permettant à la consommation intérieure de prendre le relai d’un tourisme et d’une conjoncture internationale incertains. En attendant, certaines mauvaises habitudes perdurent telles cette inflation du ticket d’entrée adulte du Blue Lagoon, un must islandais s’élevant désormais à 28 euros tandis que 5 euros vous seront facturés pour la location d’une serviette. Des tarifs prohibitifs (près de 40% d’augmentation en un an pour une eau sortant chaude des entrailles de la terre), le plus souvent dissuasifs pour les Islandais gagnant leur salaire en couronnes dévaluées, et visant à soutirer un maximum des touristes en mal d’une authenticité que ne peuvent pas se permettre les locaux. Les prix sont d’ailleurs affichés prioritairement en euros alors que la couronne islandais demeure la devise officielle du pays…

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